Pourquoi inscrire l’IA dans le plan 2027 dès maintenant
À l’automne, la plupart des entreprises préparent le plan de développement des compétences de l’année suivante : recensement des besoins, arbitrages budgétaires, calendrier des sessions. L’IA générative y a désormais sa place, pour une raison simple : elle est déjà présente dans le travail quotidien, avec ou sans cadre. Des salariés utilisent un assistant conversationnel pour rédiger, résumer ou préparer une réunion, d’autres attendent qu’on leur montre comment faire, d’autres encore s’en méfient. Laisser ces usages se développer sans formation expose l’entreprise à des erreurs, à des fuites de données et à des écarts de pratique entre services. Inscrire l’IA au plan 2027, c’est transformer une adoption désordonnée en démarche pilotée : qui former, à quoi, dans quel ordre, avec quel budget et quelle trace. Cet article propose une méthode en étapes, du calendrier budgétaire à la documentation, en passant par la priorisation par métier, le choix entre intra et inter et le financement possible par l’OPCO.
Le calendrier budgétaire : ce qui se décide avant la fin de l’année
Le plan se construit en général en trois temps. D’abord, le recensement des besoins, à partir des entretiens professionnels, des demandes des managers et des projets de l’entreprise : déploiement d’un outil, nouvelle organisation, évolution d’un métier. Ensuite, l’arbitrage budgétaire, qui fixe l’enveloppe consacrée à la formation et sa répartition entre les priorités. Enfin, la programmation, qui répartit les sessions sur l’année. Pour l’IA, deux points méritent d’être anticipés. Le premier est le budget : une ligne dédiée, même modeste, évite que les formations IA soient financées au fil de l’eau sur des reliquats. Le second est la consultation des instances : dans les entreprises dotées d’un comité social et économique, celui-ci est consulté sur la politique sociale, qui inclut la formation ; présenter le volet IA à cette occasion permet d’expliquer la démarche et de répondre aux questions des représentants du personnel. Le détail des sessions peut ensuite s’ajuster en cours d’année, au fil des déploiements.
Partir des usages réels, pas d’un catalogue
Un plan utile commence par un état des lieux. Quels outils d’IA sont utilisés dans l’entreprise, officiellement ou non ? Par quels services, pour quelles tâches, avec quelles données ? Un questionnaire court adressé aux salariés, complété par quelques échanges avec les managers et la DSI, suffit le plus souvent à dresser une première carte. Les entretiens professionnels sont aussi l’occasion de recueillir les attentes : certains salariés veulent gagner en aisance sur un outil déjà déployé, d’autres découvrir ce que l’IA peut faire dans leur métier, d’autres encore comprendre les règles avant de s’y mettre. Cet inventaire évite deux erreurs fréquentes : choisir des formations sur catalogue sans lien avec le travail réel, ou former tout le monde au même contenu alors que les besoins diffèrent fortement d’un service à l’autre. Il constitue aussi la première pièce de la documentation interne, à mettre à jour à chaque nouvel outil ou nouvel usage significatif.
Prioriser par métier : une grille en trois critères
Tous les services n’ont pas besoin d’être formés en même temps. Pour ordonner les actions, une grille simple suffit, en trois critères. La fréquence d’usage : les métiers qui écrivent, synthétisent ou répondent beaucoup, comme la relation client, les ressources humaines, la communication, les achats ou les fonctions commerciales, tirent rapidement parti d’une formation. La sensibilité des données : les fonctions qui manipulent des données personnelles, des informations financières ou des documents couverts par un secret ont besoin d’un cadre clair avant d’aller plus loin. Le déploiement d’outils : un service qui reçoit des licences Microsoft 365 Copilot ou un accès à une offre entreprise de ChatGPT ou de Claude doit être formé au moment de l’ouverture des comptes, pas des mois après. En croisant ces critères, on obtient un ordre de passage défendable devant la direction : souvent la direction et les managers d’abord, puis les fonctions les plus exposées, puis les autres services.
Trois niveaux de formation à distinguer
Le plan gagne en lisibilité lorsqu’il distingue trois niveaux. Le socle commun s’adresse à tous les salariés concernés : ce que fait l’IA générative, ses limites, les données à protéger, les règles de l’entreprise et quelques usages simples dans le métier. Une journée d’acculturation remplit ce rôle. L’approfondissement par métier vise les fonctions qui utilisent l’IA au quotidien : une ou deux journées centrées sur leurs tâches, par exemple pour les commerciaux, les RH, la finance ou les équipes qui travaillent dans Microsoft 365. Le troisième niveau concerne les rôles particuliers : managers, qui accompagnent leurs équipes, référents IA, qui répondent aux questions et animent les échanges de pratiques, et dirigeants, qui fixent les priorités et le cadre. Chaque niveau a son public, son contenu et sa ligne budgétaire. Cette distinction évite de surdimensionner la formation de tout le monde, tout en donnant aux fonctions clés le temps nécessaire pour aller plus loin.
Intra ou inter : le calcul à faire pour chaque action
Pour chaque action du plan, se pose la question du format. En inter-entreprises, les salariés rejoignent une session ouverte à d’autres organisations, à distance avec un formateur en direct : sur la grille publique d’AI2, une journée de gamme Premium coûte 790 € HT par participant, deux journées 1 490 € HT. En intra-entreprise, le groupe est composé uniquement de vos salariés, jusqu’à 10 participants, pour 3 490 € HT par groupe pour une journée ou 6 490 € HT pour deux journées, en ligne ou dans vos locaux, frais de déplacement en sus en présentiel. Le seuil se calcule facilement : cinq inscriptions en inter d’une journée représentent 3 950 € HT, soit davantage qu’un groupe intra. L’inter convient donc aux besoins individuels ou dispersés, par exemple un référent ou un juriste isolé ; l’intra aux équipes de cinq personnes ou plus, avec des exercices construits sur vos cas, rendus fictifs. Les formations Expert métier commencent à 1 190 € HT par participant en inter.
Un exemple de budget pour une entreprise de 30 salariés
Prenons une entreprise de 30 salariés qui souhaite former tout son personnel en 2027. Le socle commun peut prendre la forme de trois groupes intra d’une journée, soit 3 × 3 490 € HT, c’est-à-dire 10 470 € HT. Deux salariés désignés comme référents IA suivent en complément une formation de deux jours en inter, par exemple la formation ChatGPT entreprise, pour 2 × 1 490 € HT, soit 2 980 € HT. Le budget de formation s’élève alors à 13 450 € HT, hors frais de déplacement si les sessions intra ont lieu dans vos locaux. Ce calcul n’est qu’une illustration construite à partir de la grille publique : le devis précise le nombre de sessions, les programmes et les modalités, et l’entreprise peut choisir de commencer par un groupe pilote avant de programmer les suivants. Le dirigeant peut aussi suivre une formation Executive, dont le prix en atelier privé s’affiche « à partir de » sur la grille et se précise sur devis, après un échange de qualification.
Le financement : plan de développement des compétences et OPCO
Les formations IA courtes s’inscrivent dans le plan de développement des compétences, financé par l’entreprise. Une prise en charge partielle ou totale par l’opérateur de compétences, l’OPCO, est possible selon ses critères, qui dépendent notamment de la taille de l’entreprise, des priorités de la branche professionnelle et des plafonds fixés pour l’année. Ces critères évoluent : il faut les consulter au moment de construire le plan, puis au moment de chaque demande. En règle générale, la demande se dépose avant le début de la formation, avec le programme, le devis et la convention ; l’attestation de réalisation est transmise après la session. Les formations d’une ou deux journées ne sont pas certifiantes : elles ne sont pas éligibles au CPF, et il ne faut pas les présenter aux salariés comme telles. Prévoir le financement dès la construction du plan évite de décaler une session faute de réponse à temps. Aucun financement n’est acquis d’avance : la décision appartient à l’OPCO.
Documenter les actions au titre de l’article 4 de l’AI Act
Depuis le 2 février 2025, l’article 4 du règlement européen sur l’intelligence artificielle demande aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d’IA de prendre des mesures pour garantir, dans toute la mesure du possible, un niveau suffisant de maîtrise de l’IA de leur personnel. Une entreprise dont les salariés utilisent un assistant conversationnel dans leur travail est en général déployeur. Le texte ne fixe ni durée, ni format, ni certification, et aucune formation ne garantit à elle seule la conformité. Le plan de développement des compétences est toutefois un bon support pour garder une trace des mesures prises : inventaire des usages, publics visés, programmes suivis, feuilles d’émargement, attestations de réalisation, charte d’usage et ses mises à jour. Ces pièces permettent de rendre compte de la démarche en interne comme vis-à-vis de tiers. Cet article ne constitue pas un conseil juridique : votre conseil peut vous aider à définir les mesures adaptées à vos usages.
Un calendrier type pour 2027
Pour passer du principe au plan, un calendrier simple peut servir de point de départ. Avant la fin de l’année : inventaire des usages, grille de priorités, enveloppe budgétaire et premiers devis. En début d’année : session pour la direction et les managers, pour qu’ils portent le cadre et répondent aux questions de leurs équipes, puis dépôt des demandes de prise en charge auprès de l’OPCO le cas échéant. Au premier semestre : socle commun par vagues de groupes de dix, en commençant par les fonctions prioritaires. Au second semestre : approfondissements par métier, formation des référents et mise à jour de la charte. Tout au long de l’année : un module IA dans l’accueil des nouveaux arrivants. AI2 propose un diagnostic offert de trente minutes avec un conseiller pour cadrer ce plan, puis fournit pour chaque session le programme détaillé, la convention et une attestation de réalisation par participant. Le plan peut ainsi être présenté, chiffré et suivi sans approximation.
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